Une journaliste à Tuband

Béryl Ziegler, rédactrice en chef du magazine Actu.nc, est venue au collège de Tuband pour rencontrer les élèves de 4ème dans le cadre de l’EPI « Média, information et communication ». Elle a également eu l’occasion de présenter son travail aux élèves de l’atelier presse.

Une de nos journalistes, Maiana Seck-Martin l’a rencontrée et l’a interviewée.

1) Parlez- nous un peu de vous, comment décrivez-vous votre métier ?

Je suis rédactrice en chef du magazine hebdomadaire Actu.nc. Mon travail consiste à coordonner l’équipe de rédaction, à savoir les journalistes salariés et les pigistes qui travaillent à leur compte. Je suis un peu comme un chef d’orchestre. Je fédère toutes les énergies pour créer le meilleur numéro possible. Toutes les semaines, nous décidons ensemble, lors d’une conférence de rédaction, des sujets que nous placerons dans les numéros à venir. Nous délimitons l’angle et la taille des articles, ainsi que les personnes à interviewer pour chacun d’eux. Une fois les articles reçus, je les relis avec attention et corrige tout ce qui doit l’être (fautes, formulations, erreurs…). Je m’assure ensuite qu’ils soient bien mis en page par le monteur et associés à une image qui correspond au sujet traité. C’est aussi moi qui écris l’édito de la semaine et qui décide de la Une du journal, en collaboration avec le directeur de publication. Quand tout cela est prêt, et que les publicités ont bien été ajoutées aux emplacements prévus, le journal part pour l’impression, le mardi à 2 h du matin. On a jusque-là pour tout boucler, c’est chaque semaine un sacré défi, mais aussi le plus beau des métiers. 

2) Est-que vous gagnez bien votre vie?

Après quelques années d’expérience, j’ai une rémunération plutôt confortable. Je ne m’en plains pas ! Mais je considère qu’elle est méritée car le métier de journaliste est un métier exposé (à la critique, à l’instrumentalisation, aux pressions). On prend des risques, on travaille beaucoup, et pour cela on doit être rétribué en conséquence.

3) Pourquoi avez- vous choisi ce métier?

J’aime à la fois écrire et le contact, c’est ce qui m’a conduit à choisir ce métier car il concilie les deux, en plus de la stimulation intellectuelle qu’il suscite et dont je puise entière satisfaction.

4) Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans ce métier?

Ce qui me fait le plus vibrer, c’est d’enrichir mes connaissances sur un sujet (et celles du lecteur) au contact des personnes que je rencontre et des documents que je consulte. C’est très excitant de mener des enquêtes, de chercher des réponses à des questions que l’on se pose, et d’essayer de livrer le fruit de ses recherches à ses lecteurs pour les enrichir de ce savoir. J’ai l’impression d’apporter ainsi ma petite (et modeste) pierre à l’édifice collectif de la culture générale.

5) Trouvez-vous toujours des sujets à traiter?

C’est parfois un casse-tête car chaque journaliste a tendance au bout d’un moment à tourner en rond autour des mêmes sujets qui l’obsèdent, qu’il suit et maîtrise. Et la Calédonie n’est pas si grande, donc on pourrait penser que le nombre de sujets est limité. Mais si l’on regarde bien autour de soi et que l’on pose un regard critique sur tout ce qui nous entoure, on trouve toujours quelque chose à se mettre sous la dent. Surtout quand on part du principe qu’il n’y a pas de petit sujet… 

6) Est-ce que le métier de journaliste est difficile ?

Je dirais qu’il a les défauts de ses qualités. La qualité c’est qu’il favorise la stimulation intellectuelle comme je le disais plus haut. L’envers du décor, c’est que le journaliste est toujours en alerte, ce qui est assez fatigant intellectuellement, car il ne repose que rarement son esprit. Tout est sujet à sujet, il cogite sans cesse. Il faut pouvoir vivre avec cela…

L’autre difficulté, c’est que le journaliste peut faire l’objet de pressions, de la part de sa direction, les actionnaires de la société, les politiques…. Il peut également subir les pressions de toute personne qui souhaiterait éviter qu’une information soit révélée ou au contraire qu’il mette absolument en avant une information qui ne lui semble pas essentielle. Un code déontologique, la charte de Munich, s’applique à la profession. Il peut parfois être utile de la relire pour ne pas perdre pied, et poser des limites sur ce qui est acceptable ou pas pour le journaliste.

7) Des gens vous on t-ils déjà menacé vis-à-vis de vos articles? Si oui pourquoi? Et beaucoup?

Cela est déjà arrivé que je subisse des pressions pour éviter de voir un article paraître. Par exemple dans le cadre d’une sombre affaire de chocolat local, qui était vendu plus cher au Japon qu’en Calédonie. Le producteur a essayé de nous dissuader d’en parler, mais nous avons résisté et publié l’article. Il est également déjà arrivé que certains partis ne nous invitent plus à leurs conférences de presse parce que nous avions révélé des éléments peu plaisants sur leur compte. Nous avons même été un temps blacklistés du gouvernement et de la province Sud…

8) Quelles études faut-il faire pour devenir journalistes? En général combien de temps durent-elles?

La voie royale, c’est de faire une école de journalisme (niveau Bac + 5, Master). La meilleure est à Lille, c’est l’ESJ Lille. La sélection est rude, mais le cursus est solide et complet. Les étudiants apprennent toutes les ficelles du métier et sont polyvalents; ils peuvent travailler en télévision, à la radio ou dans la presse. Le diplôme « master en journalisme » est demandé pour travailler dans toutes grande rédaction, comme par exemple chez NC1ère. Néanmoins, dans les petites rédactions comme la nôtre, il n’y a pas d’obligation d’avoir faire une école de journalisme. Pour preuve, pour ma part, j’ai fait une école de commerce (bac +5) et j’ai ensuite bifurqué vers la communication puis le journalisme. Il existe des passerelles entre ces différents métiers.

9) Parlez-nous de votre magazine Actu.nc, votre journal est-t-il: quotidien – hebdomadaire – mensuel?

C’est un magazine hebdomadaire qui paraît tous les jeudis. Nous l’avons créé en 2014 et cela a été une sacrée aventure. Toute la difficulté est aujourd’hui. de réussir à rentabiliser le titre, c’est-à-dire de faire en sorte que chaque numéro nous coûte moins cher à produire que ce qu’il nous rapporte. Cela va faire environ 4 ans qu’il nous rapporte de l’argent (pub et annonces légales, mais pour cela je tiens les cordons de la bourse serrés

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